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Deux manifestants tués, plusieurs blessés et usage excessif de la force lors des protestations contre la hausse du prix des carburants

📍 Anjouan, Comores 📅 mai 2026 Par Administrateur

Une augmentation brutale du prix des carburants est à l'origine de la contestation.

 

Le 9 mai 2026, le gouvernement a publié un arrêté augmentant fortement le prix des produits pétroliers aux Comores. Le gazole a augmenté de 46 %, l'essence de 33 % et le pétrole lampant de 28 %.

 

Le gouvernement a justifié cette décision par la situation au Moyen-Orient, d'où provient une grande partie du carburant importé aux Comores. Cette hausse a cependant été largement rejetée par la population, les transporteurs, les commerçants et les pêcheurs, qui l'ont jugée excessive dans un contexte déjà marqué par la vie chère et les difficultés économiques.

 

À partir du 11 mai, le syndicat des transporteurs Usukani wa Masiwa, soutenu par les syndicats des commerçants et des pêcheurs, a lancé un mouvement de grève pour exiger l'annulation de la mesure. Dans plusieurs régions du pays, des routes ont été barricadées et les activités économiques ont été fortement perturbées.

 

Les affrontements les plus graves se sont produits à Anjouan, notamment à Mutsamudu, Mirontsy, Ouani et dans la localité de Pagé.

 

De violents affrontements ont opposé les manifestants aux forces de l'ordre. Des habitants ont rapporté avoir entendu plusieurs détonations dans les zones concernées.

 

Le bilan humain est particulièrement lourd.

 

Karim Ousseine, jeune footballeur amateur âgé d'une vingtaine d'années, a été tué lors des affrontements à M'Pagé. Son décès a provoqué une importante vague d'indignation à travers l'archipel.

 

La Gazette des Comores rapporte également la mort d'Attoumani Saïd, père de famille. Plusieurs médias indiquent que Karim Ousseine et Attoumani Saïd ont été tués par balle.

 

La Gazette des Comores écrit explicitement que « deux jeunes ont été tués par balle » et précise que les victimes sont Attoumani Saïd et Karim Ousseine.

 

Les affrontements ont également fait plusieurs blessés.

 

Le parquet de Mutsamudu a confirmé l'existence de cinq blessés. France Info Mayotte précise que certains ont été atteints par balle et qu'un adolescent touché à la tête a dû être évacué vers Mayotte pour recevoir des soins.

 

Mayotte Hebdo mentionne plusieurs blessés graves, parmi lesquels un enfant d'au moins douze ans. La Gazette des Comores rapporte également que cinq blessés, dont deux dans un état grave, ont quitté Anjouan pour être pris en charge à Mayotte.

 

Ces évacuations sanitaires témoignent de la gravité des blessures subies lors des affrontements.

 

La question de l'usage de la force par les forces de sécurité est au cœur des interrogations soulevées par ces événements.

 

La Gazette des Comores rapporte qu'à Mutsamudu, dans les rues, les marchés et les quartiers populaires, une même phrase revenait avec insistance après les affrontements : « Ils ont utilisé des balles réelles. »

 

Le même média souligne que ces propos traduisent « la colère, l'incompréhension et la peur » ressenties par une partie importante de la population.

 

Mayotte Hebdo rapporte que des gaz lacrymogènes ont été utilisés lors des opérations de maintien de l'ordre et cite des habitants affirmant que « des gaz lacrymogènes pleuvaient partout ».

 

Les circonstances exactes dans lesquelles les tirs ont été effectués demeurent l'objet d'une enquête judiciaire, mais les décès par balle de Karim Ousseine et d'Attoumani Saïd ont profondément marqué l'opinion publique.

 

Les funérailles des deux victimes ont donné lieu à d'importants rassemblements populaires. Des prières ont été organisées à Anjouan ainsi qu'à Iconi en leur mémoire.

 

La Gazette des Comores décrit une population profondément marquée par le drame et rapporte que l'enterrement des deux jeunes hommes a constitué un tournant émotionnel dans la crise sociale.

 

Lors des obsèques, le père de Karim Ousseine, également chef du village de Pagé, a publiquement mis en cause l'intervention des militaires. Ses déclarations ont relancé le débat sur les conditions de l'opération menée à Pagé et sur le recours à la force publique.

 

Les décès ont suscité de nombreuses réactions.

 

Le Rassemblement de l'opposition comorienne a dénoncé « un usage excessif et injustifiable de la force contre des civils ».

 

Dans son communiqué, l'opposition affirme que l'opération menée à Anjouan a provoqué la mort de deux citoyens par balles réelles ainsi que plusieurs blessés graves, parmi lesquels des adolescents.

 

L'opposition a également déclaré qu'« une armée républicaine est censée protéger le peuple et garantir sa sécurité, non tirer sur lui sans sommation ni discernement ».

 

La Commission nationale des droits de l'homme et des libertés a rappelé que le droit à la vie est garanti par la Constitution de l'Union des Comores ainsi que par les instruments internationaux relatifs aux droits humains ratifiés par l'État.

 

La Commission a estimé que le recours à des armes létales contre de jeunes manifestants constituait une violation grave des droits humains et des principes fondamentaux de l'État de droit.

 

Au cours du mouvement social, les autorités ont procédé à plusieurs interpellations.

 

Au moins trente-neuf manifestants étaient détenus à la gendarmerie nationale au moment des événements, parmi lesquels huit mineurs présumés.

 

Ces arrestations sont intervenues dans le contexte d'une mobilisation nationale contre la hausse du prix des carburants.

 

Face à l'ampleur de la contestation et à la dégradation de la situation, le gouvernement a finalement annulé la hausse des prix des carburants. Le ministre de l'Énergie a annoncé le retrait de la mesure ainsi que la poursuite des discussions avec les différentes parties prenantes.

 

Cette décision est intervenue après plusieurs jours de grève, de manifestations, de blocages routiers et après la mort de deux manifestants à Anjouan.

 

À la suite de la mort de Karim Ousseine et d'Attoumani Saïd, le procureur de la République de Mutsamudu a ouvert une procédure judiciaire destinée à établir les circonstances exactes des faits.

 

Le parquet s'est engagé à déterminer les responsabilités éventuelles, à conduire les investigations dans le respect des droits fondamentaux et à rendre publiques les conclusions de l'enquête.

Les décès de deux manifestants, les blessures infligées à plusieurs autres personnes, dont des mineurs, ainsi que les accusations récurrentes d'usage de balles réelles lors d'une mobilisation sociale rendent indispensable l'établissement complet de la vérité, l'identification des responsabilités et le respect du droit à la justice pour les victimes et leurs familles.

 

Les événements survenus à Anjouan ne peuvent être analysés de manière isolée. Ils s'inscrivent dans un contexte plus large marqué par des accusations récurrentes de violences policières et de recours excessif à la force depuis le retour au pouvoir du président Azali Assoumani en 2016.

 

La mort de Karim Ousseine et d'Attoumani Saïd lors des manifestations contre la hausse du prix des carburants ravive le souvenir d'autres drames qui ont profondément marqué l'opinion publique comorienne. Parmi eux figure le décès de Mouslim Ahamada, tué par balle lors de la crise post-électorale de 2024. De même, Fahad Moindze a trouvé la mort par balle aux abords du stade de Malouzini à l'occasion du match de qualification pour la Coupe du monde 2026 opposant les Comores au Ghana. Ces décès viennent s'ajouter à ceux d'Ahmed Abdou, dit « Fanou », décédé alors qu'il était détenu au palais présidentiel de Beit-Salam, ainsi qu'à celui de Bapalé, mort à la suite d'un interrogatoire musclé dans une prison d'Anjouan selon les informations rapportées à l'époque.

 

L'accumulation de ces affaires nourrit au sein de la population un profond sentiment d'inquiétude quant au respect du droit à la vie, à l'intégrité physique et aux garanties fondamentales dont doivent bénéficier tous les citoyens, y compris lorsqu'ils sont placés sous le contrôle des forces de sécurité ou de l'administration pénitentiaire.

 

Dans un État de droit, aucune mort survenue à la suite d'une intervention des forces de l'ordre, d'une opération de maintien de l'ordre ou en détention ne peut être considérée comme anodine ou rester sans réponse. Chaque décès exige l'ouverture d'enquêtes indépendantes, impartiales et transparentes, l'établissement de la vérité, la détermination des responsabilités et, le cas échéant, la sanction des auteurs.

La mémoire de Karim Ousseine, d'Attoumani Saïd, de Mouslim Ahamada, de Fahad Moindze, d'Ahmed Abdou dit Fanou et de Bapalé impose aujourd'hui un engagement renouvelé en faveur du respect des droits humains, de la protection des libertés fondamentales et du renforcement de l'État de droit aux Comores. Une nation ne peut durablement construire la paix, la stabilité et la confiance entre les citoyens et les institutions que dans la vérité, la justice et le respect de la dignité humaine.

Sources : la gazette des comores / Mayotte Hebdo / France info
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