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Affaire Hakima : entre exigence de justice, crise sécuritaire et débat sur la peine de mort

📍 Mbeni 📅 janvier 2025 Par Administrateur

Le meurtre de Hikima Ahamada a profondément bouleversé le pays. Au-delà de l'émotion suscitée par ce crime particulièrement violent, cette affaire a ravivé plusieurs interrogations majeures concernant la sécurité des citoyens, l'efficacité du système judiciaire et la place de la peine de mort dans l'arsenal pénal comorien.

Le 31 janvier 2025, Hikima Ahamada, employée d'une agence de transfert d'argent, est assassinée alors qu'elle revenait d'une banque après avoir retiré une importante somme d'argent. Son chauffeur habituel, Nassurdine Ahamada, surnommé « Mikiro », est rapidement arrêté puis poursuivi pour homicide volontaire avec préméditation.

Lors de son procès devant la Cour d'assises, l'accusé a reconnu avoir tué sa victime dans le but de lui voler son argent. Selon les éléments présentés par le parquet général, il aurait préparé son crime à l'avance. Il aurait loué un véhicule, organisé son itinéraire afin d'attendre la tombée de la nuit et veillé à se retrouver seul avec sa victime avant de passer à l'acte.

Le corps de Hikima Ahamada a été retrouvé le lendemain du crime, dissimulé dans un simtank près d'un chantier dans la région de Hamahame. L'argent dérobé, estimé à plusieurs millions de francs comoriens, avait été enterré à proximité du domicile du meurtrier.

Le procès a également mis en lumière plusieurs zones d'ombre. Alors que les premières déclarations de l'accusé et les communications du parquet évoquaient l'utilisation de gaz lacrymogène suivie d'un étranglement, Nassurdine Ahamada a finalement contesté cette version devant la Cour. Il a affirmé avoir utilisé uniquement des produits chimiques pour tuer sa victime. Cette version a été contestée par les avocats de la partie civile, qui ont rappelé que le certificat médical faisait état de traces d'étranglement sur le corps de la victime.

À l'issue du procès, la Cour d'assises a reconnu Nassurdine Ahamada coupable et l'a condamné à la peine de mort, conformément aux réquisitions du parquet général.

Cette condamnation a été accueillie favorablement par la population et par les proches de la victime. Pour beaucoup, y compris la famille du meurtrier, elle représente une réponse judiciaire à la hauteur de la gravité du crime commis.

Cependant, l'affaire Hikima dépasse largement le cadre d'un simple dossier criminel.

Elle pose d'abord la question de la sécurité publique. Comment une jeune femme transportant une somme importante a-t-elle pu être aussi facilement prise pour cible ? Comment un individu appartenant à son cercle de confiance a-t-il pu préparer et exécuter un tel crime sans être détecté ? Pourquoi les citoyens ont-ils aujourd'hui le sentiment croissant que l'insécurité progresse et que les crimes les plus graves deviennent plus fréquents ?

L'affaire révèle également les fragilités persistantes du système judiciaire. Les contradictions apparues au cours du procès concernant les circonstances exactes de la mort de Hikima montrent l'importance d'enquêtes rigoureuses, transparentes et irréprochables. La justice ne peut se contenter de condamner ; elle doit aussi établir la vérité avec précision afin de préserver la confiance des citoyens.

Mais c'est surtout la question de la peine de mort qui a été relancée avec force.

Selon la journaliste Faiza Youssouf Soule, de nombreux religieux et responsables communautaires ont demandé l'application effective de la peine capitale après ce crime. Certains estiment qu'une exécution des condamnés pour assassinat constituerait une réponse dissuasive face à la montée de la criminalité.

Le frère de la victime a lui-même déclaré souhaiter l'exécution des responsables du meurtre, estimant que seule cette issue permettrait à sa famille de trouver la paix.

D'autres voix s'opposent cependant à cette position. L'avocat Saïd Mohamed Saïd Hassan a notamment dénoncé les appels à l'application de la peine de mort dans un pays qu'il considère comme n'étant pas pleinement un État de droit et où la justice demeure confrontée à de nombreuses difficultés. Selon lui, une telle pratique risquerait d'ouvrir la voie à des erreurs judiciaires irréversibles.

Ce débat n'est pas nouveau aux Comores. Déjà en 2020, après le viol et le meurtre d'une fillette, une partie importante de la population réclamait le rétablissement effectif des exécutions.

Pourtant, malgré les condamnations régulièrement prononcées par les juridictions, les Comores n'ont procédé à aucune exécution depuis près de trente ans. La dernière exécution connue remonte au 17 septembre 1996.

Cette situation soulève une interrogation fondamentale.

Pourquoi continuer à prononcer des condamnations à mort si l'État n'a ni l'intention ni la volonté politique de les appliquer ?

Une peine qui n'est jamais exécutée conserve-t-elle encore sa fonction dissuasive ? Ne risque-t-elle pas de créer chez les victimes et leurs familles un sentiment de frustration, voire l'impression d'une justice inachevée ? À l'inverse, faut-il voir dans cette absence d'exécution une forme d'abolition de fait que le législateur n'a jamais officiellement assumée ?

Le cas de Nassurdine Ahamada dit Mkiro illustre parfaitement cette contradiction. Condamné à la peine capitale pour l'assassinat de Hikima Ahamada, il rejoint une liste de condamnés à mort dont la sentence reste, en pratique, suspendue à une décision politique qui n'intervient jamais.

L'affaire Hikima invite ainsi les autorités comoriennes à engager une réflexion nationale sur la cohérence de la politique pénale du pays. Soit la peine de mort demeure dans le droit positif et l'État assume son application ; soit les Comores choisissent de s'inscrire dans une logique abolitionniste en supprimant définitivement une sanction qui, depuis des décennies, n'est plus exécutée.

Au-delà du débat sur la peine capitale, l'essentiel demeure cependant la nécessité de renforcer la sécurité des citoyens, d'améliorer les capacités d'enquête des autorités et de consolider l'État de droit afin que chaque victime obtienne justice et que chaque citoyen puisse vivre à l'abri de la peur et de la violence.

Sources : alwatwan.net / La Gazette des Comores / franceinfo
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